|
Qui na pas un jour ramassé dans un coin un truc dans les ordures, des bricoles qui ne servent personne mais qui pour nous sont dune utilité incomparable ? Qui na jamais trouvé sur sa route une fois toutes les résolutions du monde moderne épuisées, un trésor qui tout à coup jaillit de linatention maladives de nos regards enfenestrés ? Celui qui tout à coup après lespoir puis le désespoir se révèle à nos yeux comme La solution, Le miracle que lon attendait plus ! Fut-il barrique, rouille ou carcasse ! Cageot, bidon, porte, boulon ou ferrailles ! Ce qui a compté en cet instant, nest-ce pas cette apparition subite ? Cet instant dunisson or du temps ou enfin nous allons mettre fin à une énigme, à un besoin, à un problême. Et cela grâce à la récup ! « Rien ne se perd, rien ne se créer, tout se transforme » Voilà que ce bon Lavoisier nous a pondu une maxime bien universelle qui colle parfaitement à la récupération dobjet (et à bien dautres choses ).
Nous pourrions pompeusement réviser les traditionnelles leçons de morale et de conditionnement que dispense sans cesse le professe du recyclage et son lot de 20 poubelles par appartement (je naccuse personne, nous sommes tous responsables des uns et des autres par notre universalité), mais nous ne le ferons pas. Quel ennui !!!!! En effet à quoi bon généraliser des solutions sparadrap de surface alors que la fondamentale de la douleur est peut-être beaucoup plus profonde, enfouie en chacun de nous. Ne vaudrait-il pas mieux constater déjà que si récupération on peut faire, développer comme tissu économique, cest simplement parce-que peut-être nous prenons trop pour nous ? Qui sommes nous et quels sont nos besoins réels ? Il ne sagit pas là décologie, mais de bon sens, de philosophie. Ceux qui vivent au contact de la nature savent ce qui est épuisable ou non. Une branche repousse (si on laisse larbre), pas le filon de métal. Le contact entier, de tout son être, avec la nature permet en effet de prendre en considération la totalité de son mouvement, et ce nest donc pas parce que le métal prend la forme dune fourchette quil nest pas ce même filon qui avait place il y a quelque temps dans le ventre de la Terre. Tout comme ce métal est présent en nous, dans notre sang, et rempli sa fonction parce que la nature justement nous le dispense comme elle lentend, selon sa loi, comme une têtée régulière en relation avec nos sens et nos perceptions, à travers les fruits quelle nous offre et que nous exploitons, détruisons parce-que nous nous en sommes absentés. Parce-que nous nhabitons plus le monde. Parce-que nous nous sommes retiré sur les berges asséchées du Fleuve. Parce que nous avons choisit de regarder, plutôt que nous y confier Nous vivons actuellement comme si nous demeurions dans un univers sans lois, avec des ressources inépuisables qui plus est généreusement mises à notre disposition, comme si le reste du cosmos tournait autour de nous-même. Celui qui pense ainsi, en conscience ou non (car souvent on peut croire quon est conscient mais notre comportement démontre lexact contraire, mais il est vrai quil est difficile de voir ses propres mains faire, découter véritablement les paroles qui sortent de nos gorges ) nentretient-il pas un leurre ? Un voile pour cacher la misère de notre âme ? La loi de lhomme fait elle corps avec la loi cosmique ? Est-elle Juste ? Entendons par là dans laxe du grand mouvement naturel, sans parler de vérité ou de non-vérité, même pas de Dieu. Peut-être mettrions-nous ici le doigt sur une des source du déséquilibre entre notre façon de vivre et la nature qui nous accueille ?
Et cest peut-être lune de ces raisons qui nous pousse à croire que le bonheur réside dans lobjet, dans sa possession, que la joie demeure dans le plaisir des sens pour le plaisir des sens, pour soi et seulement soi. Il y a en effet une marge entre une chaise et « des » chaises. Pourtant nous sentons tous au fond de nous cette fugacité du bonheur que procure la consommation (sous toutes ses formes, quelle soit objet, nourriture, sensation). Les fêtes de fin dannées terminées, nous commençons déjà à parler du printemps et de ses premières salades. Cest une soif de purification, de légèreté qui succède, ou bien la poursuite dun enfermement dans cette recherche toujours plus effrénée dans le contact fugitif avec le bonheur que permet la consommation. Cest donc un cercle vicieux. Lattachement aux choses via « ce que procure » ces choses, ça pourrait être ce tas dordures qui dort dans les décharges, dans les coins de nos garages ou encore ces monceaux de déchets qui sagglutinent dans les pays pauvres matériellement.
Et notre axe de vie a bien évidemment un prix. Le prix dune planète qui se meurt, qui sépuise. Nos automobiles, ce sont un peu de lorganisme de la planète qui se dévitalise (il faut voir les quantités de métaux qui sont utilisées puis inutilisées, tout reste à faire à condition que nous partions doù nous sommes en allant à la racine, cest la seule condition dune guérison effective) Lêtre humain serait-il le seul arbre à être composé dun cur ? Dorganes ? De muscles ? De sang ? Dappareils qui ont tous leur tâche très particulièrement adaptées (qui leurs conviennent parfaitement donc ) et qui se donnent tous les uns aux autres sans détours ? La Terre, la nature ne fonctionne-t-elle pas ainsi ? Le soleil par exemple ne distribue-t-il pas ses rayons, sa lumière, sa chaleur sans compter, indénombrablement et équitablement à tout ce qui se trouve autour de lui ? En tout cas, nous, peut-être pouvons nous au moins faire leffort de reconnaître que nous sommes loin de ces modèles dont pourtant nous sommes issus, composés même jusque dans notre chaire, un peu comme des enfants têtus, trop gâtés, refusent envers et contre tout découter leur mère, oublient le fait que celle-ci, à force dusure et de souffrance, ou bien de vieillesse, finira par sen aller. Le fait de ne pas vouloir trembler pour grandir. Lenfant reste alors seul avec son tas de jouets, et sa stupeur. Quand lévidence nous fait face Et bien les ordures ce sont nos jouets cassés. Ne sommes nous pas pareils à limage de ces enfants ? Et nos enfants que deviendront-ils sils sont seuls, sans mère (la Terre) et sans mémoire (luni vers) ? Tout cela ne veut pas dire que cest impossible au contraire, cela veut dire quil nous faut nous mettre en route vers la connaissance de nous même, comme un tocsin sonne au loin lheure dun nouveau regard, dune assise, dune méditation propre à chacun de nous, sans croire ce que lauteur raconte ici non, en se penchant sur son cur à soi, en se laissant guider par sa conscience et son coeur, plutôt que par lartifice. La récup' a un visage, et un coeur. Le visage c'est la forme, mais la forme est assise en son coeur aussi, ne nous trompons pas d'élan ...
Certains peuples primordiaux, vivants encore au contact de la nature nous préviennent depuis longtemps de notre manque de maturité. De notre oubli. En effet nous sommes
capables de ne pas oublier les querelles ancestrales qui
nous permettent dentretenir nos querelles actuelles
et par là perpétuer notre orgueil gourmand et trouver
bonne excuse à notre déni du Vivant. Par contre ne pas
tâcher de discerner lessentiel, la racine présente
en constance sur quoi tout cela repose est devenu pour la
plupart dentre nous plus quun réflexe, plus
quune maladie, mais un trait de caractère quil
nous faudra beaucoup de courage à dénicher, à
transformer. Il faut voir en Afrique, en Chine, dans la plupart des pays dits « sous-développés » (une définition bien maladroite) la facilité à saccomoder des restes de la détresse philosophique, poétique et spirituelle du monde « civilisé » que nous navons dailleurs pas manquer dinoculer (les déchets qui sy amoncellent en témoignent).
Quelle habileté ont
certains à se détacher de la forme pour nobserver
quun attribut de la nature ! Quel discernement
à déchiffrer avant tout des éléments naturels issus dhorizons
plus vastes, de mondes en corrélations plutôt que du déchet,
du cadavre, du fini, du mort. Quelques-uns font des
merveilles avec les canettes en tôles, les conserves en
confectionnant des jouets, des meubles avec un vrai
savoir vivre et des outils très purs (dans le sens de la
simplicité, du geste, du savoir faire et du peu dimpact
sur lenvironnement). Les surréalistes aussi ont
abordé cet aspect des choses à une époque ou seuls
quelques visionnaires argumentaient la déjà proche
tournure des événements.. Il nest pas de notre ressor de connaître les déséquilibres exacts que nous avons engendrés en revanche, il est de notre capacité dêtre responsables du Vivant, ici et maintenant. Récupérer apparaît
comme lun des grands thèmes des années futures.
Mais récupérer est un art, comme tout ce qui touche à
lessence même de la vie. Faire un tableau, ou bien
faire du pain, tout nest-il pas dans lintention
quon y porte? Manipule-t-on seulement de la matière
ou bien quelque chose de beaucoup plus Entier ? La
conscience de cela est-elle présente jusque dans notre
geste ? La récupération met toutes les forces de la vie en jeu. Il ne suffit pas, de nouveau, et éternellement dans une glissade sans fin, de faire de simples collectes sur le même principe que lindustrialisation abusive, et supprimer laccès individuel au déchet.
Nous pouvons avant tout, chacun dentre nous, nous resservir de notre propre consommation en nous penchant sur nous même, sur nos besoins réels, sur le sens que nous donnons à notre existence, personnellement vis à vis de ce qui nous entoure, qui nous compose et de ce que nous composons. Les besoins ne sont pas vus ici que par la matérialité, mais aussi par la part intellectuelle, psychologique et spirituelle, car les besoins humains ne sont-ils pas un équilibre de toutes ces substances, sont-elles dailleurs séparées en "réalité" ou est-ce nous qui les maintenons séparées ? Oui nous pouvons transformer, la mort nest-elle pas quun perpétuel changement de forme, ne fait-elle pas partie intégrante du mouvement de la nature ? Un objet qui ne sert plus ne peut-il plus servir sous prétexte que certains lui ont attribué un nom, une norme et une fonction ? La fleur sépanouit, rend sa semence, fruit de ses actes, et retourne au sol, puis revient dans la multitude sépanouir de nouveau en puissance, en attendant patiemment lheure de sa naissance, puis de sa nouvelle maturité, ainsi va la source, ainsi va la rivière, ainsi va la mer
|